Ablodé

Boukari Kérim : Une grande étoile de Bafilo, un grand patriote togolais

par Association des Togolais libres (ATOL) , le 14 décembre 2008, publié sur ufctogo.com

In Memoriam, Souvenons-nous : 14-12-1978 / 14-12-2008. Il y a juste 30 ans disparaissait notre camarade de lutte le docteur vétérinaire BOUKARI KERIM, ancien dirigeant de l’AESTF et de l’ UNETO, juste après 7 années de détention sans jugement dans les geôles du dictateur togolais Etienne Eyadéma Gnassingbé. Puissent ceux qui continuent la lutte se souvenir de cet éminent devancier.

 

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Ces derniers temps, on parle beaucoup de Bafilo à propos de médicaments détournés . On parle du nord-Togo avec les ponts écroulés un peu partout. Quel militant patriote des années 1960-1980 peut oublier un autre grand événement qui toucha tout le Togo et Bafilo en particulier ? Le 14 décembre 1978, il y a tout juste 30 ans , disparaissait notre camarade de lutte, notre « frère » aîné le Docteur BOUKARI Kérim.

Décédé après 7 ans de détention sans jugement et seulement quelques mois juste après sa libération des geôles de la dictature de Etienne Eyadéma Gnassingbé.
Avait-il été empoisonné en prison et libéré malade ? Grande question.

Le docteur vétérinaire Boukari Kérim avait été un grand militant de l’AESTF et de l’UNETO, mouvements étudiants qui s’étaient engagés résolument au côté des partis nationalistes le CUT ( Comité de l’Unité Togolaise ) et de la JUVENTO, pour réclamer l’indépendance totale du Togo en 1958.
Comme la plupart de nos aînés mus par un patriotisme total, il participa dans le nord du pays à la campagne de 1958 qui vit l’écrasante victoire historique de 1958.
Comme nos aînés militants étudiants d’alors, il rentra au Togo aussitôt son diplôme de docteur obtenu et en ces années 60-70, il devait être le troisième ou le quatrième docteur vétérinaire du jeune Togo indépendant.
13 janvier 1967 : le régime militaire s’installa et Etienne Eyadéma Gnassingbé s’empara des rênes du pays. Il demanda la collaboration des lettrés et surtout des cadres originaires du nord-Togo. Refus catégorique du Boukari Kérim qui voyait le Togo tomber dans les griffes du néo-colonialisme français, et, avec l’irruption des militaires sur la scène politique, le pays s’enfoncer dans un néo-colonialisme géo-ethno-militarisé.
« Pourquoi vas-tu avec les gens du sud ? Pourquoi ne viens-tu pas me voir ? etc ». BOUKARI Kérim resta inflexible.
Il sera arrêté, maltraité, torturé, Jamais, il ne pliera. Après plusieurs années de détention sans jugement, il sera libéré malade, une véritable épave et la mort l’enlèvera à notre compagnie quelques mois plus tard.

En ce trentième anniversaire de sa mort, puissent tous les militants qui continuent la lutte contre cette sombre nuit -qui le 13 janvier 1963 s’est abattue sur la patrie- avoir une pensée pieuse et militante pour ce fils de Bafilo ,grand militant et éminent patriote Togolais dont le régime militaro-obscurantiste brisa la carrière et abrégea la vie.
Le Dr BOUKARI Kérim mourut pour la Patrie.
Il fut l’un des meilleurs dirigeants de tout premier plan du mouvement étudiant des années voisines de l’indépendance.
A sa veuve et à ses enfants, les meilleures pensées de tous ceux qui perpétuent la noble lutte patriotique de leur mari ou de leur père. Aucun sacrifice n’est vain.

LA LUTTE CONTINUE
JOHN SEMUHA et le cercle des amis du Dr BOUKARI Kérim
Association des Togolais libres (ATOL)
atol63 free.fr

Souvenirs personnels

Quand je suis retourné au Togo à la fin de mes études dans la première moitié des années 1970, le Dr BOUKARI Kérim était déjà en prison. Le RPT était à son apogée et la peur du régime militaire paralysait bien des gens dans leur conduite. Au Togo, dans les foyers, dans les familles, dans la rue, partout, la méfiance régnait.

A la différence de certains de mes amis, je n’avais pas connu le Dr BOUKARI Kérim en France mais j’en avais entendu parler et nous étions tous au courant de son incarcération injuste au Togo. Aussitôt débarqué à Lomé, par des amis communs, je pris contact avec lui. Il était alors détenu au Cabanon, nom donné au pavillon du CHU de Tokoin où l’on entassait tous les prisonniers malades. Abondaient en ce lieu beaucoup de militants du CUT embastillés. Le Dr BK était en prison déjà depuis au moins quatre ans sans jugement. Toutes les démarches pour obtenir sa libération, même par les organisations internationales des droits des l’homme, restaient sans effet.

C’était un homme d’une formation idéologique très solide, doté d’un moral d’acier. Son propre cas ne semblait pas le préoccuper. C’est alors que l’idée germa de travailler à la libération des autres détenus politiques. Par sa connaissance expérimentale et profonde du milieu de la répression, surtout à Lomé, et par la confiance qu’il inspirait, nous avons pu avoir des informations de première main sur les basses œuvres du régime. Ces informations ont servi de substance à l’élaboration d’une lettre ouverte sortie en 1976, diffusée largement à Lomé, au Togo et à l’étranger. On pouvait y lire :
- la description des méthodes de torture dans les centres de répression (torture à l’électricité avec les appareils utilisés par les soldats français en Algérie,, etc ) ;
- les noms des centres de torture ;
- les noms de certains chefs de la répression ;
- les noms de ceux qui sont morts sous la torture ;
- les noms des prisonniers politiques encore en détention ;
- et un appel aux organisations de défense des droits de l’homme pour les exhorter à se pencher un peu plus sur le cas du Togo.

Cette lettre, par les données précises fournies, eut en son temps, un impact considérable. Eyadéma appela les chefs de la répression et leur exprima publiquement son manque de confiance, surtout au Chef de la Gendarmerie. Les réseaux de répression s’accusèrent mutuellement de trahison. Avant, à l’aéroport de Lomé, on ne fouillait les bagages qu’à l’arrivée ; maintenant, on se mit aussi à fouiller au départ. Comme on cherche une aiguille dans une botte de foin, Eyadéma cherchait la source des informations sur son régime. Des missions de surveillance du TOGO commencèrent à se faire plus abondantes. Quand, plus de dix ans après la mort du Dr BOUKARI Kérim, certains se présenteront comme les seuls à avoir obligé le régime à désserrer l’étau, quels militants des années sombres, quels militants de la nuit, quels combattants de l’ombre pouvaient oublier l’impact de la lettre de 1976, cette lettre dont la subsistance venait du Dr BOUKARI Kérim ? Aujourd’hui, le Togo est un pays appauvri, ruiné, en loques. Une pluie suffit pour que tous ses ponts s’écroulent. « Le Togo, un énorme gâchis », s’est exclamé un député français qui connait bien le nord-Togo, surtout Bassar où résidait les parents du Dr Boukari Kérim. Mais il ne doit jamais être oublié que sous la dictature, au cœur de la nuit noire, certains patriotes se sont battus de toutes leurs forces, jusqu’au sacrifice de leur vie. Le Dr BOUKARI Kérim est de ceux-là : un grand fils de Bafilo, un éminent patriote Togolais.

John SEMUHA
Association des Togolais libres (ATOL)

Voici quelques fragments d’un tract de l’UNETO de 1978 :

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