Marcus Garvey

Février : mois du monde noir. Hommage au combat du doyen Tété Godwin Adjalogo

par Sud Online (Sénégal) , le 18 février 2009, publié sur ufctogo.com

 

Février : Mois du Monde Noir
Lecture proposée en Hommage au Combat du Doyen Tété Godwin Adjalogo.

Marcus Garvey Père de l’unité africaine des peuples

source : sud oneline(Sénégal)

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Marcus Garvey est un Noir né en Jamaïque en 1887, deux ans après le Congrès de Berlin où l’Europe se partage l’Afrique et dans les derniers temps de l’esclavage des Noirs brésiliens ou cubains.

De Kingston (Jamaïque) à New York, Londres, Paris ou Genève, au cours de ses pérégrinations inlassables, Garvey a été la caisse de résonance des affres du Peuple Noir, déporté aux Amériques ou colonisé sur son propre sol par les Européens. Ostracisé ou interdit de séjour, par les Etats colonialistes ou racistes, l’Antillais Marcus Garvey n’a jamais pu mettre le pied en Afrique. Il est mort à Londres en 1940, dans la misère et l’abandon.

La vie et la pensée de Marcus Garvey ont été entièrement consacrées à l’émancipation du Peuple esclave, à sa responsabilisation en tous domaines, que ce soit à travers des entreprises politiques, économiques ou philosophiques réalisées par et pour les Noirs, que ce soit avec le retour prôné à Sion– la Terre-Mère Afrique.

Aujourd’hui, alors que l’Afrique « indépendante » subit toutes les catastrophes possibles, alors que les Africains, les Noirs de par le monde, subissent toujours les avanies du racisme et de l’exclusion, l’œuvre panafricaniste de Marcus Garvey est à redécouvrir et à méditer.

En 1987, à l’occasion du centenaire de la naissance de Marcus Garvey, le Togolais Têtêvi Godwin, fonctionnaire international des Nations-Unies durant vingt un ans a pris sur lui de rédiger, sur sa vie, son action et les leçons à en tirer, une sorte de mémoire. Il existe peu de livres en français.

T. Godwin a retracé le parcours de Marcus Mosiah (et /ou Aurelius ?) de sa naissance aux premières expériences socio-politiques (1887-1909). Il semble que Garvey ait suivi une formation secondaire à St Ann’s Bay. A l’âge de quatorze ans, faute de ressources financières, il doit interrompre ses études académiques, pour s’engager comme apprenti typographe.

Ainsi, face à son futur concurrent W.E. Dubois, qui lui est mulâtre, sorti des prestigieuses Universités de Harvard et de Berlin, qui est élitiste et un peu trop conscient de sa valeur intellectuelle. Marcus Garvey bénéficia de deux atouts qui vont favoriser son adoptation par les masses populaires nègres. Il est suffisamment solide, plutôt un autodidacte passé par « l’université de la misère », sur le tas. Il a l’accès libre à la bibliothèque de son parrain A .E. Burrowes.

T. Godwin traite des premiers voyages de M. Garvey en Amérique Centrale (1912-1914). Les œuvres d’ Edward Wilmot Blyden (1832-1912) le captivent. Son héros favori, dit G. Padmore, est Napoléon 1er. Le livre Up From Slavery de Booker Taliaferro Washington est une véritable révélation pour lui. Il analyse les sources de la doctrine Race firent et les intellectuels Afro-Américains et Africains au service de la doctrine Race First.

Les sources d’inspiration relatives à l’Unia, à son armée, aux conventions et aux activités journalistes de Marcus Garvey ont été examinées. Il en est de même des sources d’inspiration concernant les entreprises éducatives, commerciales et artisanales de Marcus Garvey. Les sources de l’inspiration fondatrice de l’Eglise orthodoxe africaine proviennent principalement de deux courants qui sont : les églises afro-américaines et africaines indépendantes et les sectes mystico-religieuses syncrétiques nègres. Eglises et sectes ayant inspiré Marcus Garvey. Parmi ces principales sectes ; retenons la secte de Father Divine (Divin Père).

Né vers 1880 en Géorgie, Baker prêche pour lui-même de 1912 à 1914. Sa « doctrine » se résume ainsi : « In-dwelling God » (Dieu en chacun de nous).Arrêté à Valdosta (Géorgie), il est expulsé de cet Etat. Il établit un temple à Brooklyn, en s’attribuant le titre de Major J. Divine. En 1930, il change de nom et devient Father Divine. Arrêté de nouveau en 1931, à Sayville, il est condamné par le juge Lewis J. Smith à un an de prison et à une amende de cinq cents dollars. Quatre jours seulement après ce verdict, ce juge meurt dans des circonstances dites mystérieuses…Et ce mystère va rendre Father Divine célèbre, nationalement connu. A la sortie de prison de ce « prophète », le mouvement de ce personnage controversé s’étendra. Dans les années trente, il coopère avec la Ligue contre la guerre et le fascisme, ainsi qu’avec le Parti communiste.

De longs développements ont été consacrés aux sources qui ont inspiré Back-to-Africa (Le retour en Afrique).

Dans la deuxième partie de l’ouvrage, T. Godwin étudie l’environnement international de la carrière de Marcus Garvey. Il consacre quelques pages au partage de l‘Afrique et à la Première Guerre mondiale (1914-1918). Cette guerre a débouché sur la Révolution bolchevique d’octobre 1917, sur le réveil de la Chine, la remise en question de la colonisation en Europe même, sur la critique socialiste de la colonisation et la condamnation marxiste-léniniste de la colonisation.

L’environnement de la carrière de Marcus Garvey dans les Caraïbes et aux USA a été analysé. En 1914, les Etats-Unis se trouvent être, de facto, la première nation économique, financière et militaire de la Planète. Les leaders noirs, avec W.E. B. Dubois en tête, appellent à la participation des Afro-Américains à la Grande Guerre. Ils pensent que « la dette de sang versé » pour la « démocratie » sera, une fois les hostilités terminées, reconnue à la communauté de couleur. Marcus Garvey a rencontré le Ku-klux-Klan. L’opposition anti-garveyiste se saisit de cette entrevue pour se liguer Marcus Garvey.

Dans la troisième partie, est examiné le garveyisme en action (1914-1940). L’Association Universelle pour le progrès du Nègre réalise au total huit conventions internationales. Dès 1919, au Congrès de la Paix (Versailles), un représentant, le Haïtien Eliezer Cadet, fait les couloirs en vue d’attirer l’attention des diplomates sur les requêtes de l’Unia relatives à la cause des Peuples nègres. M. Garvey publie des journaux : The Negro World, Black Man, La Prensa, The New Jamaïcan, etc. Il crée des compagnies maritimes noires, d’entreprises industrielles et commerciales noires comme la Black Star Line, la Negro Factories Corporation.

Il met sur pied un plan de colonisation de retour en Afrique. Il prit aussi une armée. Il fonde également une Eglise orthodoxe noire et une école de philosophie africaine.

Ce livre contient des informations précieuses et des points de vue intéressants qui méritent d’être sérieusement discutés. Il constitue une défense systématique de l’œuvre et de l’action de Marcus Garvey qui exerçait une énorme influence sur Kwame Nkrumah. Son auteur a beaucoup lu.

Amady Aly DIENG

MARCUS GARVEY Père de l’unité africaine des peuples, Sa Vie, sa Pensée, ses Réalisations, Tome I
Par Têtévi Godwin Tété-Adjalogo, L’Harmattan 1995, 335 pages

MARCUS GARVEY Père de l’unité africaine des peuples Tome 2 - Garveyisme et Panafricanisme

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Ce qui distingue le Nègre Marcus Garvey de ses prédécesseurs et des contemporains, ce n’est pas qu’il ait été davantage pan-nègre qu’eux. C’est qu’il ait fondé son action « pour la Race » sur une stratégie différente : le Garveyisme est avant tout un combat de masse ayant mobilisé d’abord les Nègres « du bas », ceux qui endurent le plus violemment les humiliations et oppressions dues à leur peau noire. De là, l’action garveyiste mise en branle au début du XXe siècle, avec toutes ces imperfections.

De « l’autre côté », il y avait les intellectuels noirs, les penseurs du panafricanisme, misant plutôt sur l’avancée des idées « progressistes », sur la persuasion, pour changer la donne raciale séculaire. Ainsi les Du Bois, Padmore, Cheikh Anta Diop qui se sont adressés aux élites noires.

Ce n’est pas un hasard si les successeurs de Marcus Garvey ont grandi aux USA : Malcom X, Martin Luther King, et ont été assassinés. Ce n’est pas non plus la « malédiction » si, de l’autre côté de l’Océan, le consciencisme de Nkrumah a pour le moment échoué.

Il reste à démontrer au Nègre qu’il est capable de faire aussi bien que le Blanc, mais il faut d’abord qu’il s’aime lui-même et aime ses congénères. Il lui faut constituer une force concrète, seule capable de s’opposer à la force concrète cumulée de la discrimination raciale et du néocolonialisme. Il lui faut se mobiliser et s’organiser mondialement.

Têtê Godwin Tété-Adjalogo, ancien fonctionnaire togolais de l’Onu, après avoir décrit dans un premier volume la vie et l’œuvre de Marcus Garvey, trace ici les lignes de convergence qui soudent le garveyisme au panafricanisme : les deux facettes d’un même combat de libération.

Le garveyisme et le duboisisme sont deux écoles complémentaires du panafricanisme. William Edward Burghardt Du bois naquit citoyen libre américain le 23 février 1868 (trois ans tout juste après l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis), à Great Barrington (Massachusetts). Issu d’un métissage de Blancs et de Noirs, il ne cachait pas sa fierté de ses ancêtres français (huguenots), hollandais et nègres.

Du bois entre à la fameuse université de Harvard. Ici il obtient le « BA degree » et le « MA » en 1890, l’année suivante, avec ses prestigieuses qualifications, il part en 1892 à l’université de Berlin, nanti d’une bourse. Son séjour en Allemagne sera décisif pour sa future carrière. Il admire le chancelier Otto von Bismarck, se laisse séduire par la prise de conscience nationale allemande, s’imprègne du concept et des idéaux du pangermanisme.

Sa thèse Ph. D. (Doctorat d’Etat) intitulée La suppression de la traite africaine vers les Etats-Unis, 1638-1870 dissèque les tenants et aboutissants économiques, humanitaires et juridiques de cette traite. En 1903, il sort The souls of Back Folk où il célèbre l’apport des Nègres à la culture et à la civilisation américaines. L’auteur passe en revue l’action panafricaine de W.E.B Du Bois à travers les cinq congrès tenus de 19OO à 1945. Avec le concours du député du Sénégal Blaise Diagne et l’aval de Georges Clemenceau son ami, le premier congrès se tient à Paris.

Le garveyisme a un impact en Amérique. Malcolm X (1925-1965) et Martin Luther King (1929-1968) ont été les deux successeurs de Garvey. L’anticolonialisme et le panafricanisme dans l’Empire français ont fait l’objet de longs développements fort intéressants. L’historien guinéen Ibrahima Baba Kaké révèle que, déjà en 1906, vivait à Paris un Sénégalais du nom de Moussa Mangoumbo qui, avec la bénédiction de Booker Washington, s’efforçait de promouvoir l’entente entre les Noirs de la diaspora.

A la Conférence panafricaine tenue en juillet à Londres, sous l’égide de Henry Sylvester Williams, les ressortissants francophones de l’Afrique, hormis le Maghreb, brillèrent par leur absence. Parmi les précurseurs africains du panafricanisme, on peut citer Kodjo Tovalou Houénou (1887-1936), Ibrahima Arfang Lamine Senghor (1889-1927), Tiémoko Garan Kouyaté (1902-1942). Cheikh Anta Diop (1923-1986) occupe une place spéciale parmi les figures de proue qui auront incarné la lutte anticolonialiste et anti-impérialiste. Mais alors quel rapport y a-t-il entre lui et Marcus Garvey ? Longtemps intrigué par les similitudes et les convergences entre ces deux monstres sacrés, T. Godwin se résolut à interroger la veuve de Cheikh Anta Diop qu’il rencontra, sur sa demande, à Paris, le 11 décembre 1989. Il lui posa la question de savoir si son mari connaissait Marcus Garvey. Voici la réponse de son interlocutrice : « Cheikh Anta Diop ne m’a jamais parlé de Garvey ».

On parle du panafricanisme de Cheikh Anta Diop. Il n’emploie pas ce terme dans ses ouvrages fondamentaux. Il est en faveur de la constitution d’un Etat fédéral d’Afrique noire qui n’engloberait pas l’Afrique blanche. En 1960, il écrit un ouvrage Les Fondements culturels, culturels, techniques et industriels d’un futur Etat Fédéral d’Afrique Noire où la Mauritanie doit être gouvernée par l’Afrique noire et l’Afrique blanche en condominium. Il prône la constitution d’un fédéralisme au niveau des pays d’Afrique noire. Il n’a pas subi l’influence de M. Garvey. Son fédéralisme repose sur l’unité culturelle de l’Afrique noire. Marc-Louis Ripovia, maître- assistant de géographie à l’Université de Libreville au Gabon, critique cette thèse de l’unité culturelle de C.A. Diop dans son livre Géopolitique de l’intégration en Afrique noire (L’Harmattan, 1994). Au contraire , l’Afrique connaît une grande diversité culturelle. Il examine la symbolique garveyienne dans la pratique politique de K. Nkrumah. La pratique panafricaniste de Nkrumah semble plus apparentée aux méthodes de Garvey qu’au modèle de Du Bois. Les éléments de cette symbolique sont les suivantes : L’étoile noire (Black Star), qui et à la fois emblème national, nom de l’équipe nationale de football et de la compagnie de navigation maritime.

Le culte de la personnalité fut l’un des aspects dominants de la carrière politique de Garvey. Nkrumah se faisait appeler « Le Rédempteur » (l’Osagyefo).

Enfin, le pouvoir charismatique et l’illusion de l’unité de l’Afrique. Garvey s’était pompeusement proclamé « président provisoire de l’Afrique ». Dans le même esprit, Nkrumah voulait voir l’Afrique entière placée sous l’autorité d’un gouvernement continental. ( op cité, p. 73-74).

Avec « Africa must unite », on passe du garveyisme au panafricanisme en Afrique francophone. L’auteur examine certaines questions comme le Ve Congrès Duboiste de Manchester de 1945, le combat de Nkrumah mené de 1909 à 1972 et la pensée de Nkrumah : le consciencisme. Ce livre bien documenté mérite d’être lu avec un esprit critique. Il contient beaucoup de réflexions pertinentes. Certaines thèses soutenues sont contestables.

Bibliographie

- 1848 : ABOLITION DE L’ESCLAVAGE La traite et l’esclavage négriers Dossiers spécial mémoire
Têtêvi Godwin Tété-Adjalogo

- DE LA COLONISATION ALLEMANDE AU DEUTSCHETOGOBUND
Têtêvi Godwin Tété-Adjalogo

- MARCUS GARVEY Père de l’unité africaine des peuples Tome 1 - Sa vie, sa pensée, ses réalisations
Têtêvi Godwin Tété-Adjalogo

- MARCUS GARVEY Père de l’unité africaine des peuples Tome 2 - Garveyisme et Panafricanisme
Têtêvi Godwin Tété-Adjalogo

- LA QUESTION NÈGRE
Têtêvi Godwin Tété-Adjalogo

- OMER ADOTÉ UN MARTYR POLITIQUE DU TOGO
Têtêvi Godwin Tété-Adjalogo - Préface du chercheur Dovi André Kuévi

- SYLVANUS OLYMPIO Père de la nation togolaise
Têtêvi Godwin Tété-Adjalogo - Préface de Joseph Boêvi Placca

Lecture proposée par CASATA BELGIQUE
club des amis et sympathisants de Tavio Ayao Amorin
Bruxelles-BELGIQUE
casatabelgique yahoo.fr
http://institutavio.afrikblog.com/

 

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