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Lomé, édition texte du 30 août 2014  -  Voir l'édition graphique [6]


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Retour sur la fable de « L’attentat » de Sarakawa

par Me Siméon Kwami Occansey le 4 février 2004, publié sur ufctogo.com

Source : Extrait de « Si Eyadéma m’était conté » de feu Me Siméon Kwami Occansey.

...le « drame » prend une dimension nationale alors que l’accident était dû à une surcharge de l’appareil bourré de victuailles pour les festivités à la cour du roitelet de Pya. Les passagers de l’avion présidentiel racontent que les pilotes en avaient fait la remarque au Chef de l’Etat qui s’en était soucié comme d’une guigne...

La volaille des courtisans d’Eyadéma, ses griots, ses crieurs de slogans ressassent tous les jours à la population leur antienne sur le nationalisme du « Timonier ». Ce dernier aurait failli payer de sa vie, disait-on, parce qu’il avait refusé de se laisser corrompre par les impérialistes de la CTMB. A la longue liste des surnoms laudatifs dont on le gratifiait vint alors s’ajouter celui d’ « incorruptible ». A défaut de pouvoir le corrompre, on s’était pris à sa personne, on voulait l’éliminer physiquement. C’était l’explication qu’on donnait au peuple de « l’attentat de Sarakawa ». On a beaucoup écrit et épilogué sur ce drame. Il convient ici de rétablir la vérité pour démythifier un nationalisme pas trop criant.
En effet, pendant la période allant de l’indépendance du pays (1960) jusqu’en 1970, le Togo réussissait à maintenir son équilibre financier intérieur et extérieur. Il avait même pu constituer des réserves en devises. Le PIB avait augmenté de 7% par an en moyenne, et le revenu par habitant allait en progressant de 2,4%. Le déficit des finances publiques était très bas, et avait pu être financé sans recours à l’aide extérieure.

Suite au premier choc pétrolier et à l’augmentation du prix des engrais sur le marché mondial, la demande des phosphates augmenta à la fin de l’année 1973. Le Maroc, premier exportateur mondial de phosphate, au début de 1974, augmenta le prix de ce produit en multipliant le prix pratiqué jusque-là sur le marché mondial par quatre. Alors le Togo saisit aussi l’occasion en janvier 1974 pour s’occuper lui-même de la commercialisation de ses phosphates ; un mois plus tard, Eyadéma nationalisa les mines. Comme on s’y attendait, les recettes de l’Etat avaient triplé (de 11 000 à 37 000 Cfa la tonne de phosphate). Le Trésor public regorgeait de richesses. Avec cette manne, Eyadéma, au lieu de soulager la misère endémique qui sévissait au Togo, s’en remplissait les poches et se lançait dans les des opérations de prestige non rentables et qui ruinaient le pays.

Le « premier économiste » ne tenait plus compte des prévisions de recettes de l’OTP. Il inaugure une acrobatie financière, une gymnastique qui donnerait le tournis aux meilleurs valseurs du monde. Après s’être approprié les richesses de l’OTP, il s’emploie à les dilapider. Avec Assor, Tchalla, Djondo et Bagnah, il instaure une vraie Phosphatocratie. Les gâchis au niveau de l’OTP, la pompe à finances du RPT, sont inénarrables. Eyadéma fait par-ci un don de 5 000 tonnes de phosphate à la Corée de Kim Il Sung ; par-là un autre de 150 000 tonnes, soit 6 milliards de francs Cfa à Mobutu ; ailleurs, 250 millions de francs à Sékou Touré venu au Togo soutenir son régime contre d’imaginaires assaillants. Quand Eyadéma dépense, c’est le contribuable qui paie. Eyadéma, ce grand économiste qui ne s’intéresse à cette science que lorsqu’il faut bourrer son escarcelle de l’espèce sonnante et trébuchante, n’avait pas prévu que le boom des phosphates ne serait que de courte durée. Dès juillet 1975, les cours mondiaux des phosphates chutèrent et les revenus de l’Etat en conséquence ; Eyadéma n’en continuait pas moins de pomper les réserves de la vache à lait qu’est l’OTP. C’est ainsi que le pays finit par s’endetter lourdement auprès de l’étranger ! Le réseau bancaire sombra très vite dans un état de déliquescence. Ainsi, le peuple vint à murmurer, ne voyant pas les retombées, les bénéfices engendrés par la nationalisation des mines du Bénin. Il comprenait encore moins bien la façon peu orthodoxe qui présidait à la gestion de l’économie du pays. Le trou financier creusé par le « premier financier » prend alors la dimension d’un gouffre. Cette situation devrait empirer jusqu’en 1996 où la dette extérieure du Togo atteint plus de mille milliards de francs et la dette intérieure environ 250 milliards.

Eyadema, très tôt alerté par le Fonds Monétaire Internationale et la Banque mondiale qui redoutaient une implosion populaire au Togo à cause de la mauvaise gouvernance qui était de règle dans le pays, prit peur. C’est pour apaiser les populations en courroux, pour prévenir les troubles sociaux, endormir le peuple, pour motiver un échec, qu’il fallait présenter cet homme comme la grande victime des basses tractations du néo-colonialisme, le présenter comme une sorte de souffre-douleur de l’impérialisme français. On fit alors circuler le bruit selon lequel Eyadéma aurait refusé un pot-de-vin d’un milliard et demi de francs Cfa que lui aurait offert Max Robert, l’administrateur-délégué de la CTMB afin qu’il renonce à la nationalisation des mines. En effet, il est vrai que cette offre avait été bel et bien faite par la CTMB à Eyadéma. Non seulement ce dernier avait accepté et empoché cette somme, mais a réclamé en plus 3 milliards à lui seul sur les super-bénéfices à lui transférer dans une banque en Suisse. Max Robert, homme de principe, protestant rigoureux et intègre s’opposa aux nouvelles exigences d’Eyadéma car il devait aussi rendre compte de sa gestion aux actionnaires qui avaient suivi la montée des prix.
L’accident d’avion de Sarakawa vient à point nommé. Il servira à détourner l’attention des Togolais, à masquer les magouilles, la gestion lascive du patrimoine national, le fiasco du régime. Il sera commenté, arrangé et présenté au peuple comme une tentative d’élimination physique du petit sergent pour maintenir le Togo dans la sujétion économique de la France. Il s’agissait d’élever cette version au rang de vérité officielle non seulement pour discréditer les autorités de la CTMB, mais surtout pour sortir Eyadéma de l’impasse. Exploité par les hommes de paille d’Eyadéma, Michel Kunalé Eklo et Christophe Djoko Amados, qui entretenaient une armée de stipendiés pour inonder le Togo de tracts et répandre sur les antennes de la radio-télévision la fable de l’attentat, le « drame » prend une dimension nationale alors que l’accident était dû à une surcharge de l’appareil bourré de victuailles pour les festivités à la cour du roitelet de Pya. Les passagers de l’avion présidentiel racontent que les pilotes en avaient fait la remarque au Chef de l’Etat qui s’en était soucié comme d’une guigne. Seule la chance avait sauvé Eyadéma ; la baraka était avec le satanique reître ce jour-là. Eyadéma qui n’est pas à une ignominie près, n’a pas changé de scénario. Il n’a pas hésité, à salir les dépouilles des pilotes de l’avion. Sans que le parquet ait ouvert une information, il les présenta tout de go comme des traîtres à la solde de l’impérialisme et du néo-colonialisme français et ne montra la moindre compassion pour la famille des deux coopérants, pilotes dévoués, courageux. Il profita même de cet avion pour mieux entretenir la croyance à son invincibilité, légende qui divinisait sa personne, le désignait comme l’ « homme le plus pouvoireux » du Togo ; ainsi, le superhomme fit croire à Paris-Match et à plusieurs journalistes qu’il était seul survivant de l’accident alors que les Bénoît Yaya Malou, les Alidou Djafalo, les Kifalang Baka et plusieurs autres s’en étaient également sortis avec quelques entorses, contusions, égratignures et bras croisés. Un odieux travestissement. Ces derniers ne pouvaient apporter un démenti à l’interview accordée par le « Patron » aux journalistes. Et pour cause...

Les torrents de boue déversés par Eyadéma et Eklo sur l’administrateur-délégué de la CTMB sur les deux pilotes ne sont pas fortuits. Il fallait tout faire pour redorer le blason du Timonier, redonner à Eyadéma son lustre perdu, le faire aduler par le peuple qui le boudait, tenter de le faire passer pour un martyr des impérialistes. La manipulation et l’intoxication orchestrées par les Eklo et les Amados ont réussi.
De Lama-Kara à Lomé, tout vêtu de blanc, le « miraculé de Sarakawa » est ovationné par la population le long de la route baptisée pour la circonstance « Itinéraire de la Victoire ». L’accueil de la capitale, le 2 février 1974, fut haut en couleur, indescriptible. Pour l’accueillir, les Loméens, ivres de joie, étaient grimpés sur les toits, sur les arbres. Les femmes pleuraient. Les rues étaient noires de monde ; des enfants agitaient des drapeaux : Vive Eyadema ! La foule était si grande qu’on eût cru que tout le pays se fut assemblé pour voir l’entrée du Rédempteur à Jérusalem. La liesse du peuple a dépassé toute mesure. Pour marquer cette journée mémorable, le plus grand hôtel de Lomé prit le nom de « Hôtel du 2 février », ainsi qu’un lycée de la capitale. Sarakawa, lance le slogan des animateurs, c’est la « grande révélation », le « tombeau de l’impérialisme ». Artifices de propagande ! Cette publicité montra comment la réalité vécue fut manipulée pour les besoins de la cause, désarticulée, remontée pour la mise en scène d’un endoctrinement.
Le peuple en transe acclamant le « sauveur » n’est cependant pas dupe. On l’a souvent vu renverser tous les autels où la créature est adorée et briser les idoles après les avoir encensées sans réflexion, cajolées par bassesse, admirées par stupidité, soutenues par fanatisme.

© Copyright Me Siméon Kwami Occansey

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